Toti. Pas Francesco, mais Mike. Une même passion pour le ballon rond, seule la discipline et un « T » les séparent – message privé si vous n’avez pas compris. Très récemment propulsé au rang de sélectionneur U18 et assistant coach de l’équipe nationale de Côté d’Ivoire, Mike Toti s’est confié à l’équipe Referee Time lors d’un entretien exclusif. 

Ayant commencé le basket en poussin à Sucy-en-Brie, celui que l’on surnomme « El Maestro » a commencé a goûter au niveau championnat de France du côté de Charenton, en minime France. Le meneur de 1,83m (on lui a rajouté deux centimètres) a voyagé aux quatre coins de l’hexagone : Reims, Clermont, Limoges, Rouen, Quimper, Saint-Vallier, Cognac, Nanterre ou encore Berk. Aujourd’hui, il continue de transmettre cette passion du basketball au Basket Paris 14, sur les catégories séniors et U20 – juniors pour les anciens qui nous lisent. Et cette passion de la balle orange, il continue également de la transmettre à l’aide du média Pro-AM, en couvrant le maximum de basket possible, de la Jeep Élite en passant par la Pro B, la NM1, la NM2, la LFB, la Ligue 2, la NF1 … Tous les niveaux quoi. Découverte. 

© @13vor

Mike, merci de nous accorder cet entretien. Toi qui a connu beaucoup de niveaux de jeux dans les différents clubs pour lesquels tu as joué, penses-tu que ta relation avec les arbitres a changé maintenant que tu es entraineur ? 
Ma relation avec les arbitres n’a pas énormément changé entre le moment ou j’étais joueur et maintenant que je suis coach. J’essaye de toujours faire la même chose : leur faire voir ce que je vois moi depuis mon banc et leur communiquer les informations qui me paraissent bonnes pour le jeu. Sur certaines situations où ils n’ont pas les yeux posés au bon endroit, j’essaye d’insister sur ces phases là pour qu’ils puissent les gérer au mieux. J’essaye généralement de le faire assez tôt dans le match pour qu’ils puissent rapidement être focus sur ce que je leur communique. »

Certains entraineurs ou joueurs voient la position de l’arbitre comme un « adversaire » pendant la rencontre. Est-ce ton cas ? 
Je le vois clairement comme un allier car c’est un être humain ! Il a des yeux et des oreilles et si moi en temps que coach je peux l’aider à voir plus précisément ce qu’il se passe sur le terrain, c’est meilleur pour nous tous. Sur le terrain, une de mes missions est de l’aider à voir pour que les deux équipes puissent se disputer un match juste et équilibré. » 

Et du coup, quel est ton comportement avec lui lors de la rencontre ? 
Je ne suis pas forcément agressif mais parfois, pour attirer l’attention, je peux être très expressif. Quand j’ai cette attitude, c’est que c’est un moment important et donc je fais tout pour qu’il soit très attentif sur le terrain. 

© @bretonagathe

On dit souvent que le match dépend de la tonalité mise par l’arbitre, qu’en penses tu ? Le ressens-tu lorsque tu coaches ?
Oui je le ressens et je suis assez d’accord car c’est lui qui va définir la tonalité du match. Avec ses coups de sifflet, il peut donner une direction au match : par exemple, l’absence de coups de sifflet va laisser un jeu physique, assez engagé alors que beaucoup de coups sifflet va laisser un jeu beaucoup plus fluide en terme de contact mais beaucoup plus haché en terme de rythme. C’est souvent l’arbitre qui décide du tempo qu’il va donner à la rencontre avec les interprétations et les appréciations qu’il a. Pour nous, le plus important va être justement de savoir dès le début de la rencontre vers quel tempo l’arbitre veut aller. Et on s’adapte en fonction de ça. 

Sujet un peu délicat, mais pour toi, peut-on comparer les arbitres à des sportifs de haut niveau, même si très peu sont professionnels ? 
Pour moi on ne peut pas les considérer comme des sportifs de haut-niveau car on ne leur donne pas l’occasion de se préparer comme des sportifs de haut-niveau. Quand tu vois une semaine type d’un joueur pro avec deux entrainements par jours, plus les soins, plus la récupération … les arbitres ne sont pas encore à ce niveau là. Après, on aimerait tous que ce soit le cas. Car plus on aura des arbitres professionnels, plus le niveau et la qualité des matchs s’en ressentira. C’est une activité qui mérite d’être professionnalisée car on a besoin d’arbitres autant qu’on a besoin de joueurs. Donc je me répète mais pour l’instant ce n’est pas le cas, même si on aimerait bien que ce soit le cas … 

T’es tu déjà essayé à la pratique de l’arbitrage ?
Pendant quatre mois, j’ai participé à l’école d’arbitrage dans mon club, au Basket Paris 14. Je voulais mieux connaitre les règles et voir comment les arbitres voyaient le jeu et appréhendaient les choses. Ça a été super enrichissant même si je ne l’ai pas forcément prolongé car j’avais vu ce que je voulais voir. Je n’avais pas vocation de devenir arbitre (rires), mais je voulais voir comment eux vivaient un match de basket et c’était super intéressant. 

©Quai54

Toi qui a l’occasion d’observer beaucoup d’arbitres au niveau régional, mais aussi au niveau international. Qu’est-ce qui selon toi fait la différence entre un arbitre moyen et un très bon arbitre ?
Ce qui va faire la différence entre un arbitre moyen et un bon arbitre, c’est la qualité du dialogue et la qualité de reconnaissance des erreurs qui peuvent être commises. On a forcément un meilleur dialogue avec un arbitre qui va reconnaitre ses erreurs et qui va se mettre au niveau des joueurs plutôt que l’inverse. Un arbitre qui se met au dessus du jeu et qui a un ton compliqué à appréhender, ça devient tout de suite plus compliqué pour tous les acteurs de la rencontre. Pour ma part je préfère un arbitre qui communique, même avec un geste ou un sourire, plutôt qu’un arbitre qui est très sec et très fermé. Un arbitre fermé qui ne communique pas, c’est avec ce type d’arbitres que l’on peut sortir de ses gonds lorsque le match est un peu tendu et serré ; à l’inverse d’une fin de match dirigée par un arbitre qui est un peu plus fédérateur. 

Depuis le début de cette interview tu as un discours vraiment bienveillant sur les officiels, mais il y a bien un petit quelque chose qui « t’énerve » chez les arbitres non ?
(Rires). Il réfléchit. Ce qui m’énerve le plus, c’est quand ils sont hautains. Et malheureusement, plus on descend de niveaux, plus on retrouve des arbitres qui sont hautains. Déjà que le coach peut être tendu, mais si l’arbitre en plus a une attitude irascible, ça tend encore plus. 

Dernière question pour finir, le plus important chez un arbitre pour toi, c’est quoi ?
Pour moi, c’est de pouvoir comprendre le jeu plus que comprendre les règles. On peut comprendre toutes les règles, il arrive parfois qu’elles soient mal traduites dans le jeu. C’est important  de bien comprendre le jeu pour pouvoir derrière adapter son coup de sifflet aux différentes situations et d’être polyvalent en fonction des matchs qu’il siffle. 

Un « formiiiidable » entretien du Mae-stro (Maestro … Stromae … Formidable … Fort minable machin truc, sortez si vous n’avez pas la ref), qui, sans langue de bois et avec beaucoup de bienveillance nous transmet un point de vue bien tranché et très intéressant. En attendant, Coach Mike Toti sera toujours au rendez-vous lors de cette année 2021 avec Pro-AM média et plusieurs gros évènements basket (on espère …), ainsi que la sortie d’un nouveau livre ! Affaire à suivre … 

© Le Parisien